1. Introduction
Les calendriers liturgiques byzantins et latins commémorent l’un et l’autre saint Barlaam, moine ermite, et son disciple saint Joasaph, prince héritier et ensuite moine ermite. Les Eglises slaves orthodoxes associent à cette vénération Abennèr, le roi persécuteur des chrétiens, et converti par son fils Josaphat à la onzième heure[1].
Résumons très brièvement leur histoire. Joasaph, fils d’Abennèr, roi dans l’Inde lointaine, est secrètement converti à la foi chrétienne et à l’ascèse monastique par le moine Barlaam. Après le départ de Barlaam la conversion du jeune prince Joasaph est découverte. Son père et roi idolâtre est au désespoir. Il essaie de le ramener à ses propres croyances païennes par des pressions et des séductions. Mais le jeune prince reste fidèle à sa foi et à sa vocation monastique. Après bien des rebondissements Joasaph devient un roi chrétien exemplaire. Il quitte cependant le trône pour le désert monastique, où il retrouve après deux ans de recherches Barlaam, son père spirituel. Ensemble ils vivent et meurent saintement dans la solitude.
            L’amitié de Grégoire et de Basile, je nomme en premier Grégoire[1] car c’est lui qui en parle, est un des plus bel exemple d’amitié chrétienne. Elle a une histoire, la rencontre de deux jeunes Grecs d’Asie mineure, venus à Athènes étudier la rhétorique et la philosophie et qui mettent au-dessus de tout la recherche de la philosophie, c’est-à-dire du monachisme, et, lorsqu’ils deviennent tous deux évêques, l’histoire de ces deux amis devient une page de l’histoire de l’Église. C’est alors que leur amitié est mise à l’épreuve par un intérêt supérieur, celui de la défense de la foi orthodoxe face aux opinions hérétiques concernant la Trinité Sainte, —car c’est elle qui est à la fois la cause de leur union et l’enjeu de leurs combats—, défense qui passe par la politique ecclésiastique de nomination de postes épiscopaux. De la « philosophie » à la « théologie », c’est-à-dire de l’amour de la vie parfaite à celle de la Trinité, ce qui a fait la grandeur de cette amitié, c’est la hauteur où elle s’est placée. Mais Grégoire a le sentiment que sa personne a été sacrifiée, pas seulement à leur cause commune, mais aux intérêts personnels de son ami et c’est là qu’il oscille entre l’acceptation du sacrifice et l’accusation de trahison. L’épilogue est la mort de Basile et son éloge ardent par Grégoire dans son Discours 43 qui s’intitule : « Pour le Grand Basile. Oraison funèbre »[2].

 

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