Un des plus beaux textes sur la fête que je connaisse se trouve dans les prières du temps pascal. Pour la première fois, je l’ai entendu dans la cathédrale de Novi Sad. Dans les années 1990, si difficiles pour la Serbie, l’évêque Irénée m’avait invité pour les fêtes de Pâques. J’étais loin de pouvoir comprendre tout ce qui se chante dans les liturgies pascales. Je suis d’autant plus reconnaissant à Monseigneur Irénée d’avoir attiré mon attention sur ces paroles: « Voici le jour de la résurrection : laissons-nous nous illuminer par la fête. Embrassons-nous les uns les autres. Appelons frères même ceux qui nous haïssent. Pardonnons tout par la résurrection, et chantons : Le Christ est ressuscité des morts, par la mort il a anéanti la mort, et à ceux qui sont dans les tombeaux, il a donné la vie. »
« Pardonnons tout par la résurrection »: je n’ai plus jamais oublié ces mots. Alors, quand j’ai reçu l’invitation de présenter une contribution aux Uspienkie tchtenia consacrés à la fête, l’idée m’est venue presque sans réfléchir : « La fête, la joie de la fête, comme source de pardon ».
1. Introduction
Les calendriers liturgiques byzantins et latins commémorent l’un et l’autre saint Barlaam, moine ermite, et son disciple saint Joasaph, prince héritier et ensuite moine ermite. Les Eglises slaves orthodoxes associent à cette vénération Abennèr, le roi persécuteur des chrétiens, et converti par son fils Josaphat à la onzième heure[1].
Résumons très brièvement leur histoire. Joasaph, fils d’Abennèr, roi dans l’Inde lointaine, est secrètement converti à la foi chrétienne et à l’ascèse monastique par le moine Barlaam. Après le départ de Barlaam la conversion du jeune prince Joasaph est découverte. Son père et roi idolâtre est au désespoir. Il essaie de le ramener à ses propres croyances païennes par des pressions et des séductions. Mais le jeune prince reste fidèle à sa foi et à sa vocation monastique. Après bien des rebondissements Joasaph devient un roi chrétien exemplaire. Il quitte cependant le trône pour le désert monastique, où il retrouve après deux ans de recherches Barlaam, son père spirituel. Ensemble ils vivent et meurent saintement dans la solitude.
            L’amitié de Grégoire et de Basile, je nomme en premier Grégoire[1] car c’est lui qui en parle, est un des plus bel exemple d’amitié chrétienne. Elle a une histoire, la rencontre de deux jeunes Grecs d’Asie mineure, venus à Athènes étudier la rhétorique et la philosophie et qui mettent au-dessus de tout la recherche de la philosophie, c’est-à-dire du monachisme, et, lorsqu’ils deviennent tous deux évêques, l’histoire de ces deux amis devient une page de l’histoire de l’Église. C’est alors que leur amitié est mise à l’épreuve par un intérêt supérieur, celui de la défense de la foi orthodoxe face aux opinions hérétiques concernant la Trinité Sainte, —car c’est elle qui est à la fois la cause de leur union et l’enjeu de leurs combats—, défense qui passe par la politique ecclésiastique de nomination de postes épiscopaux. De la « philosophie » à la « théologie », c’est-à-dire de l’amour de la vie parfaite à celle de la Trinité, ce qui a fait la grandeur de cette amitié, c’est la hauteur où elle s’est placée. Mais Grégoire a le sentiment que sa personne a été sacrifiée, pas seulement à leur cause commune, mais aux intérêts personnels de son ami et c’est là qu’il oscille entre l’acceptation du sacrifice et l’accusation de trahison. L’épilogue est la mort de Basile et son éloge ardent par Grégoire dans son Discours 43 qui s’intitule : « Pour le Grand Basile. Oraison funèbre »[2].

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