Ce fut tout d’abord l’occasion de revoir, même brièvement, la ville de Kiev, berceau de l’ancienne « Rus’ », devenue il y a un peu plus de 25 ans la capitale d’un pays enfin indépendant. L’Ukraine retrouve sa vocation de « pont » entre ces deux parties de l’Europe que sont l’Ouest et l’Est (l’Académie Mohyla mérite une mention particulière parce qu’elle a représenté ce « pont » dans le champ universitaire). Une visite aux hauts lieux de la ville s’imposait : la cathédrale Sainte-Sophie, la laure des Grottes (merci Constantin !), la place Maïdan marquée par la mémoire encore vive de la « Révolution de la dignité ».

On ne peut oublier en effet l’arrière-plan de violence qui marque l’histoire ukrainienne jusque aujourd’hui. Ce sont les invasions, de l’ouest comme de l’est, qui ont détruit des bâtiments et massacré des populations. Ce sont des divisions confessionnelles, aujourd’hui heureusement apaisées. C’est toujours une guerre meurtrière à l’est du pays, dont on ne voit pas la fin. L’histoire témoigne à la fois de la présence récurrente de la violence et de réconciliations possibles. Cet arrière-plan éclaire ce qui se joue à Lichnya, qui est essentiellement une expérience de rencontre.

C’est une rencontre intergénérationnelle, grâce à la présence de jeunes et de moins jeunes, d’étudiants et d’enseignants. Le fait de vivre ensemble, de partager les repas et les soirées crée une convivialité qu’on ne trouve pas dans des lieux plus académiques. Le cadre de vie simple facilite les échanges, d’autant plus que l’on sent un lieu « habité ». Le style de vie n’est pas écrasé par le formalisme habituellement pratiqué dans les congrès internationaux ou d’autres rencontres dans lesquelles l’organisation prime sur toute autre considération (un syndrome sans doute « occidental »). Le rythme dépend des personnes et non l’inverse. Les horaires sont souples…

C’est une rencontre interculturelle, grâce aux visiteurs qui viennent non seulement d’Ukraine, mais aussi de Russie, de France, de Belgique, des Etats-Unis… Il y a des « passeurs », émigrés « Russes blancs » qui, habitant la France, ont conservé la langue de leurs ancêtres, des Français et de Italiens russophones, des Ukrainiens francophones et anglophones, etc. La pièce de Paul Claudel, « L’annonce faite à Marie », jouée admirablement en russe par des jeunes Ukrainiens était le signe que l’on peut communier dans une même humanité, qu’une « traduction » est possible d’une culture à l’autre. Je pense aussi à la soirée « poésie » qui permit de sentir à la fois les différences de style (un poème d’Olga Sedakova n’est pas une fable de La Fontaine !) et un « quelque chose » qui les transcende.

C’est évidemment une rencontre intellectuelle. Le thème large (liberté, autorité, service) permet une grande liberté dans le choix des sujets. Il y a sans doute un côté « disparate » où la cohérence n’apparaît pas immédiatement. Mais il ne s’agit pas de prétendre à une élaboration systématique, plutôt de « donner à réfléchir » à des esprits qui sont prêts à aller plus en profondeur.

C’est enfin une rencontre spirituelle. La présence d’une chapelle donne le ton. La liturgie ne vient pas s’ajouter aux autres activités. Il y a des chrétiens de diverses confessions et de divers rites. Il ne s’agit pas de se fondre dans une forme unique, mais d’expérimenter ce qui nous rassemble par-delà des différences de pratiques. La fraternité a été spontanée, car il ne s’agissait pas de marquer sa particularité pour se distinguer de l’autre.

Lichnya est un laboratoire où s’expérimente une société enfin réconciliée.

 

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