Pour ne pas faillir à la presque tradition d’un petit compte rendu de mon séjour en Ukraine, je profite du calme merveilleux de Briançon pour revenir une dizaine de jours en arrière et vous partager quelques bonnes heures de ce bref séjour d’à peine une semaine : encore une fois trop court pour me permettre l’ombre d’un progrès en russe, mais assez long pour récolter bien des bonnes choses et faire grandir l’amitié qui me lie désormais, et à travers moi SFX, à cette initiative de Constantin Sigov qui ressemble tellement à ce qu’Assia appelait de ses vœux : une expérience de l’Eglise indivise, une ouverture à la foi orthodoxe, un temps où se partagent les richesses de chacune de nos traditions religieuses, philosophiques, mystiques, dans un climat d’amitié et d’écoute mutuelles.

Il s’agissait donc du XVème  « Institut théologique d’été de Kiev », en réalité situé non à Kiev mais à une quarantaine de km de là, dans cette compagne blonde et bleue qui a fourni à l’Ukraine les couleurs de son drapeau, et a été le grenier de l’URSS aux temps soviétiques. Des étangs, des forêts, des isbas colorées, des routes inégalement entretenues où on croise encore parfois un troupeau de vaches de retour des champs ; mais aussi une fièvre de constructions aux abord de Kiev, alignant d’énormes immeubles au milieu de nulle part et des grues à perte de vue… Le thème retenu pour la rencontre de cette année était : « Liberté. Autorité. Service », un sujet,  écrivait Constantin dans le tract de présentation « particulièrement important en temps de crise… nous croyons que la Révélation divine et la sagesse chrétienne nous aideront à réfléchir ensemble aux défis du monde contemporain et à chercher des chemins pour l’avenir. » 

Le public était sensiblement le même que les années précédentes, si bien que notre arrivée a été un temps de retrouvailles entre amis : les proches collaborateurs de Constantin pour sa maison d’édition, plusieurs universitaires dont Dimitri, le poète biélorusse et Alexandre, le philosophe de Karkhiv, le petit groupe fidèle des jeunes adultes qui prennent en charge les ados et enfants : soit pour les guider dans de réelles prestations artistiques, soit pour les initier à la Bible, soit pour monter une pièce de théâtre… mais de cela je reparlerai ! Puis Aude Guillet, française membre consacré de Points Coeur à Lviv, venue avec un jeune prêtre français également membre de Points Cœur, qui a fait une conférence sur le chant grégorien et accompagné la liturgie de sa voix magnifique. Côté français, il y avait aussi, les 4 premiers jours, deux frères membres de l’Eglise orthodoxe russe de Paris, très sympathiques et ouverts, Igor et Cyrille Sollougoub. Puis, les derniers jours, le P. François Euvé, présent pour la première fois et bien intéressé par ces rencontres. Je n’oublie pas, bien sûr, les deux jeunes avec lesquelles je suis venue, Apolline dont c’était la 3ème  édition, et dont le piano a de nouveau fait l’admiration de tous, et Bérengère, qui est d’origine russe et a vécu l’année « Meryemana » avec bonheur. Comme elle parle russe, elle a pu profiter de toutes les conférences en direct ! Le reste du public était composé d’étudiants, plutôt en fin de parcours, avec parmi eux comme toujours deux ou trois jeunes porteurs de handicap physique, ce qui donne aussi sa note propre à la rencontre. J’ai eu la joie aussi de voir arriver pour une journée, Alla, une ukrainienne qui vit à Dortmund et soutient toutes les initiatives d’aide aux personnes déplacées par la guerre à l’est. Elle était dans le Donbass pour plusieurs semaines, organisatrice d’un camp d’ « art-thérapie » pour les enfants victimes du conflit et nous a présenté cette initiative.

A trois reprises, grâce à la présence de ce jeune prêtre, Alexandre, déjà là l’an dernier et venu à Taizé pour le colloque sur « l’apport de Frère Roger à la théologie » en septembre dernier, nous avons pu prier la liturgie eucharistique dans la chapelle en haut de la maison qui avait été inaugurée il y a deux ans. Et à chaque fois nous avons pu communier avec nos frères orthodoxes : une grande grâce !

Quelques mots sur les conférences qui occupaient la matinée de 9 h à 14 h 30  minimum !, puis l’après midi après 17 h. Les sujets abordés avaient des relations plus ou moins directes avec la thème de la session : il fut question d’une « théologie de la tendresse », de la figure de mère Marie, cette grande résistante et sainte orthodoxe qui vécut à Paris et fut déportée à Ravensbrück, du lien entre tradition et nouveauté, de René Girard, du P. Teilhard (F. Euvé), d’un  passionnant commentaire exégétique de Hb 11,1 sur la foi…Pour ma part, j’avais essayé de vraiment respecter le thème de la liberté en développant l’itinéraire par lequel l’Esprit Saint nous fait passer d’une liberté d’auto-position de soi à une liberté de service, et en reprenant en deux fois un ancien topo sur « la vérité vous rendra libres » : je crois que ces trois interventions ont bien rejoint leur public et j’apprécie toujours le rythme de la traduction phrase après phrase qui permet une véritable intériorisation de l’orateur comme des auditeurs !.

Ma fin de séjour a été un peu éprouvée par une bonne bronchite, ce qui m’a fait mesurer encore mieux les trésors de charité prévenante et inventive qui m’ont permis d’assister à la dernière après midi que j’aurais tant regretté manquer :  d’abord la chorale et les danses des femmes du village, en costume traditionnel, puis surtout le spectacle de l’L’Annonce faire à Marie joué en russe par un groupe de six ados de 12 à 17 ans,  avec une intériorité bouleversante. En guise de décor, une des jeunes femmes artistes avait dessiné à même la paroi de la pièce l’esquisse d’un monastère et écrit en lettres slavonnes : Monsanvierge ! Pour la scène du miracle, nous sommes tous montés à la chapelle dans un véritable recueillement, et le Salve Regina fut chanté en latin par les jeunes  ainsi qu’une antienne mariale…

Voilà Lichnya : la simplicité de la rencontre, la qualité des paroles échangées, la  fidélité des présences, l’ « échange des dons » entre nos traditions respectives.  C’est minuscule, et c’est immense.

Bon été à tous ! Marguerite

 

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